2 avril 2021

Action et actualité locales

Fermeture des établissements : agir en professionnels, ne pas permettre les dérives

Fermeture des établissements : agir en professionnels, ne pas permettre les (...)

On consultera aussi avec profit le site national du SNES-FSU sur les questions relatives aux droits des personnels durant ce troisième confinement

Pour le seconde fois en un an, et malgré nos demandes incessantes de renforcement des mesures dans les établissements pour ne pas en arriver là, le gouvernement a dû se résoudre à fermer les établissements scolaire pour au moins deux semaines. C’est un constat de l’échec d’un ministre qui est demeuré une nouvelle fois dans le déni jusqu’au bout.

Il s’agit désormais de faire au mieux avec les élèves, pour préserver ce qui peut l’être, sans tomber dans l’amateurisme aventureux parfois encouragé par, une nouvelle fois, une communication trompeuse du ministre : chacun connaît les limites de l’exercice, le possible décrochage des élèves, et les risques d’accroissement des inégalités qui en découlent. Dans la période, le SNES-FSU appelle à agir avec rigueur et professionalisme, dans l’intérêt des élèves, et sans céder aux dispositifs gadget. Il rappelle que la liberté pédagogique reste une exigence fondamentale dans la période, et ne peut être réduite par des injonctions locales. De ce point de vue, le fait de maintenir ouverts les établissements pour les personnels ne doit conduire à aucune dérive. Le SNES-FSU dénoncera les injonctions à adopter des pratiques qui sont en réalité bien difficiles à mettre en oeuvre dans le contexte actuel. Redisons-le : à l’impossible nul n’est tenu, et il faut rester lucide sur ce que nous avons la possibilité de mettre concrètement en place, attendre et exiger des élèves dans un contexte malheureusement mieux connu, mais qui reste exceptionnel.
Le SNES-FSU Toulouse agira pour dénoncer et combattre les pressions de quelque nature qu’elles soient auxquelles pourraient être soumis les personnels : n’hésitez pas à nous les signaler par courriel : s3tou@snes.edu
, ou renseigner les registres santé-sécurité au travail (voir plus bas)

La confusion de l’an passé demeure, le ministère n’ayant toujours pas réglé les problèmes de fond, et continuant largement d’improviser ses décisions. Vous trouverez ci-dessous quelques orientations générales :

Des objectifs raisonnables :

- Un usage raisonné de l’outil informatique : il convient de privilégier les supports maitrisés par les élèves et les parents et de veiller au temps d’exposition aux écrans des élèves, en maintenant un équilibre dans les activités, en mobilisant supports papiers (livres, manuels) et numériques (plateformes de travail, ressources numériques...).
- Des objectifs clairement explicités et un aménagement du travail proposé à moyen terme :
- Structurer chaque séquence et chaque séance en fonction des objectifs visés et raisonnables. L’expérience acquise l’an dernier doit être mise à profit.
- Privilégier une planification hebdomadaire afin de fournir à l’élève une visibilité (comme à ses parents) sur les tâches à accomplir à moyen terme.
- Proposer une charge de travail raisonnable : le temps de travail effectif d’un élève par jour et par semaine doit être obligatoirement pensé en relation avec les autres disciplines et en fonction du niveau de l’élève.
- Maintenir le contact régulier avec les élèves, sous des formes adaptées et non-invasives

Des principes intangibles :

- l’enseignement passe par l’interaction, le relationnel, et l’échange dans un cadre collectif de proximité réelle, que le distanciel ne permet pas sérieusement, et que de ce point de vue, l’enseignement distanciel dit "synchrone" apparaît comme un trompe l’oeil pédagogique : non ; les des élèves placé à distance de leurs enseignants ne peuvent bénéficier des mêmes apports pédagogiques que les élèves en présentiel.

- le respect de la liberté pédagogique : c’est bien l’enseignant qui détermine la manière dont mettre en place la "continuité pédagogique" vis à vis des élèves placés en distanciel. Sur ce plan-là, visio et cours filmés ne peuvent être imposés (le second dispositif posant par ailleurs des questions sur le plan du droit à l’image : on ne peut imposer la présence d’une caméra dans la salle de classe, d’autant moins en l’absence d’autorisation de la part des parents des élèves présents dans la salle, dont voix et images seront captées).

- la lucidité face aux contraintes pédagogiques : il n’est pas possible de considérer que les adaptations organisationnelles et la "mise à distance" de groupe d’élèves sont sans conséquences pour la progression dans les programmes et l’acquisition des connaissances et compétences pour les élèves. Autrement-dit, il paraît plus que difficile de s’engager dans une course aux programmes, pas plus que dans une course à l’évaluation. C’est évidemment pour cela qu’il est urgent que des aménagements sérieux (calendriers des examens, examens eux-mêmes (notamment oraux), et programmes) soient annoncés rapidement : le SNES-FSU y travaille depuis plusieurs semaines au niveau national.
En lycée, la situation rend "impossible la maîtrise de nouveaux programmes trop volumineux, et conçus sans tenir compte des conditions réelles d’apprentissage" et "la crise sanitaire aggrave les méfaits" d’une réforme du lycée et du bac qui met en difficulté les élèves et aggrave les inégalités, ce qui n’est pas acceptable.

- les outils à utiliser : si des difficultés ont été rencontrées aux premiers jours du confinement, les outils sont aujourd’hui plus stabilisés. Dès lors, pour le SNES-FSU il est essentiel de rester dans le cadre d’utilisation d’outils institutionnels respectant notamment la protection des données mais offrant aussi une sécurisation en termes de responsabilité. On a en effet pu voir de nombreuses dérives liées à l’usage d’outils peu respectueux du RGPD et à des modes de communications en dehors des canaux institutionnels prévus (ENT/messageries professionnelles). Des personnels ont ainsi pu être mis en difficulté par des comportements problématiques chez certains élèves comme de la part certaines familles. Il est important de se protéger aussi dans ce cadre-là (voir détails plus bas).

Sur ces différentes problématiques, nous vous proposons ici quelques éléments de réflexion sous la forme d’une FAQ qui pourra s’enrichir au besoin.

La continuité pédagogique relève de la responsabilité du chef d’établissement ?

Plutôt Non. Si le chef d’établissement est chargé d’assurer les conditions de la mise en œuvre de la continuité pédagogique (et qu’il peut à ce titre, il peut organiser une certaine harmonisation matérielle et pratique des usages), la forme, le choix des outils et du contenu des activités proposées, qui sont de nature pédagogiques, relèvent de la responsabilité des enseignant·es. Connaissant le niveau de leurs élèves et leurs difficultés, ils sont les mieux à même de mesurer la faisabilité de ce qui peut être proposé et/ou demandé aux élèves.

La continuité pédagogique peut-elle se substituer aux cours en présentiel ?

Clairement, non. C’est mission impossible. Un cours en présentiel est construit autour d’interactions avec les élèves. Il ne s’agit pas d’une simple transmission mécanique de connaissances factuelles. Il ne faut pas se leurrer, ni leurrer les familles. L’idée de la continuité pédagogique vise essentiellement à maintenir les élèves dans une ambiance de travail, par une activité régulière. Il ne s’agit pas de s’engager dans des modalités d’apprentissage inaccessibles, ni de créer de nouvelles inégalités, d’autant qu’on ne connaît pas le calendrier de la reprise et des examens.

Notez que le corps d’inspection comme la DGESCO recommande désormais de tenir compte des conditions-même de la continuité pédagogique (risque d’un afflux de demandes concomitantes, plus grande fatigabilité, motivation plus difficile des élèves...) dans la construction des activités proposées. Le recours au manuel scolaire papier (ou numérique) est même clairement recommandé, « la première ressource la plus simple ».
En ce qui concerne les élèves, gardons en mémoire le risque d’afflux de consignes et de demandes qui seraient de nature à les décourager, surtout les plus fragiles. Il convient donc de bien doser, varier les activités et expliciter clairement nos demandes, comme nous le faisons (mais plus immédiatement et avec davantage d’interaction, donc de manière bien plus efficace) en classe.
A l’occasion du CHSCTA du 17 mars 2020 (en audio-conférence), le FSU avait clairement pointé le risque de surcharge de travail des élèves et des personnels, et demandé de profonds ajustements de la parole institutionnelle : ils se sont produits dans le sens de la modération, à nous de les y cantonner.

Pour aller plus loin, lire l’analyse du groupe métier sur le site du SNES-FSU :

L’ENT (Environnement numérique de travail) est en panne, je peux utiliser des solutions alternatives qui marchent ?
Plutôt NON ! Et seulement si ces solutions ne nécessitent pas une inscription de la part des élèves. En effet, tout service qui expose les élèves à une quelconque captation de données par une entreprise ou une association privée, a fortiori sans l’accord écrit des représentants légaux, est à proscrire. Depuis l’entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données (RGPD) la gestion des données personnelles est soumise à un cadre très strict (au SNES-FSU aussi !). Or nous ignorons ce que ces entreprises -qui poursuivent immanquablement un objectif commercial- font de ces données. C’est pourquoi nous recommandons de ne pas exposer les données de nos élèves. Les groupes WhatsApp, Kartable.com, Discord, etc., ne présentent pas les garanties de l’ENT de ce point de vue.
Certains établissements disposent, outre Pronote, d’un espace pédagogique (type Moodle) dont l’ergonomie n’est pas extraordinaire mais qui permet aussi de mettre des documents à disposition et d’en récupérer.
Sinon, certains services privés permettent éventuellement de mettre des documents à disposition des élèves (ex. GoogleDrive, OneDrive) sans recourir à une inscription. Mais pour la récupération (ou le dépôt) de travaux ce n’est généralement pas possible sans inscription (et donc la communication problématique d’une adresse de courriel). L’ENT de l’établissement demeure donc - en dépit de toutes ses limites - l’outil qu’il convient d’utiliser, avec le site "Ma Classe en ligne".
Pour aller plus loin, lire l’analyse du SNES-FSU : « Travail à distance pour cause de coronavirus : le RGPD s’applique aussi »

Quand l’ENT ne marche pas il faut bien que je trouve une solution ?
Non ! A l’impossible nul n’est tenu !
Le fonctionnement de l’ENT relève de la responsabilité de l’employeur. Lorsqu’il vient à dysfonctionner, les enseignant·es n’en sont pour rien responsables. D’autant qu’elles et ils sont bien aimables de se connecter depuis leur ordinateur personnel acheté avec leurs deniers sur une connexion financée par ces mêmes propres deniers... La prime d’équipement, versée en février dernier, n’est pas suffisante de toute façon pour couvrir tous les frais qui sont engagés par les collègues, qui ne se limitentd’ailleurs pas à du matériel informatique.

Alors comment communiquer avec les élèves en dehors de Pronote ? Puis-je utiliser Discord, Whatsapp, les mails ou les SMS ?
NON ! Sauf si...
En effet, c’est une question :
- de légalité : communiquer avec les élèves en dehors de l’ENT sans l’accord écrit des responsables légaux est tout simplement interdit, quel qu’en soit le moyen. Communiquer avec les responsables légaux est possible, uniquement dans la mesure où ils ont donné leur accord. Ce qui suppose que le chef d’établissement vous a communiqué une adresse (mais il peut être utile de s’assurer de leur accord pour être contacter ainsi, car entre renseigner un mail dans un formulaire administratif en début d’année et accepter son utilisation pour des échanges de cours, il y a une marge, variable selon les familles. A noter, qu’ouvrir un lien direct sur une boite mail personnelle peut éventuellement exposer à certains abus, il convient donc d’être prudent·e. Rien n’interdit de s’adresser aux familles en leur demandant leur accord pour poursuivre via ce biais. Mais attention au risque de multiplication des modalités de travail numérique entre les collègues qui peut perdre certains de nos élèves ! Le SNES-FSU conseille la plus grande réserve en la matière.
- de respect du RGPD (Règlement Général pour la Protection des Données) : les solutions Discord / Whatsapp dont les élèves peuvent être friands sont à proscrire puisque ces solutions nécessitent une inscription et ne nous permettent pas de garantir la protection des données personnelles de nos élèves. Pour y recourir il conviendrait de disposer d’une autorisation écrite des représentants légaux.
La section académique du SNES, avec la FSU, avait l’an dernier interpellé le rectorat sur les aspects de protection des données et sur les effets du travail à distance, totalement improvisé. Il continuera ses interventions, notamment dans le cadre du CTA et du CHSCT-A.

Vous trouverez d’ailleurs ci-dessous une note rectorale de novembre 2019 qui rappelait les dangers de l’utilisation d’outils non labellisés par l’institution, note qui n’a pas été diffusée aux collègues pour le moment, mais qui éclaire bien les risques juridiques et les sanctions associées :
"De nombreux outils ou services numériques gratuits sont proposés sur Internet. Cette information technique a pour objectif de caractériser les risques de non- conformité au règlement général (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 sur la protection des données (RGPD) et à la loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978 modifiée qu’encourent les responsables de traitement des différents secteurs (Rectorat, DSDEN ou EPLE) en utilisant certains d’entre eux et d’évoquer, chaque fois que possible, l’existence de solutions alternatives plus respectueuses de la protection des données personnelles, ceci dans l’attente de la mise en œuvre de solutions internes nationales répondant aux différents besoins"

Utilisation des outils numériques - Note rectorale

Dois-je continuer à compléter l’ENT si je suis en arrêt maladie ?
NON. Un arrêt de travail est un arrêt de travail. Si vous le souhaitez, vous pouvez mettre un message sur le cahier de texte des classes, en précisant « enseignant·e en arrêt maladie ».

On me demande de m’assurer de la "présence" des élèves
Le SNES-FSU appelle à cesser les injonctions à des contacts systématiques et programmer. Il convient de s’assurer que les liens ne sont pas rompus avec les élèves, mais cela peut se faire de diverses manières, et doit toujours s’exercer dans le cadre des prérogatives des uns et des autres : la relation sur des bases de nature pédagogique doit primer, et il ne faut pas hésiter à retrouver le cas normal des choses en cas de perception de risque de décrochage, notamment par un travail en équipe de classe et/ou en lien avec les CPE, qui restent eux-aussi des personnels indispensables.

Je suis victime de perturbations, menaces, etc. de la part des élèves
Ce n’est pas parce qu’ils sont à distance que nos élèves n’auront pas des réactions et des comportements l’élèves ! Il importe de bien poser les limites, d’abord en fixant les "règles du jeu" des échanges, en définissant clairement les manières de procéder, mais aussi en recourant à des rapports d’incidents, transmis aux CPE, comme en situation de classe. Dans les cas graves de manquements, il est souhaitable de prévenir et d’alerter légalement le chef d’établissement et éventuellement de porter plainte.
Il est important de ne pas rester isolé !

Mes conditions de travail sont dégradées, épuisantes, difficiles, etc. Que faire ?
Ne pas hésiter, plus que jamais à signaler les situations au moyen des Registres Santé-Sécurité au Travail. Nous ne sommes pas actuellement dans le cadre normal, ni même celui, plus protecteur, du "télétravail", encadré par des règles précises. Il est donc essentiel, par ces registres, de faire connaître à vos élue.es en CHSCT Académique et départemental la réalité des conditions de travail : c’est plus que jamais le moment de s’en servir pour peser sur les modes d’organisation du travail mis en place par l’employeur ! Ces registres sont, dans l’académie, dématérialisés, et donc accessibles à toutes et tous, de partout et tout le temps.
Vous trouverez ci-dessous un mémo pour accéder à ces registres :

Notice accès aux Registres Santé-Sécurité au travail

Continuité pédagogiques et "Vacances apprenantes" , où en est-on ?
Le Ministre reconduit sa communication promotionnelle, et décline les concepts "apprenants" pour les congés de printemps...

Or la période qui s’achève a été génératrice de fortes tensions de difficultés, de frustration, de stress, et donc d’une fatigue dont il ne faut pas minimiser les effets, à court terme comme à moyen terme, pour une fin d’année qui ne manquera pas de nous demander (quelle que soit la forme qu’elle prendra et les éventuels ajustements adoptés, par exemple sur la question des examens) beaucoup d’énergie et de vigilance.
Le ministre n’ose plus annoncer de date de reprise, ce qui montre clairement que nous allons devons aborder le mois de mai en ayant en tête que pourrait durablement se prolonger la situation actuelle...

Ces vacances de printemps doivent donc être l’occasion d’une pause dont tout le monde (personnels, élèves, parents) a besoin. Les deux semaines des vacances de printemps ne pouvaient être une période de continuité au même titre que la période qui s’achève : il demeure ainsi important de conserver, pour l’équilibre de tous, une lisibilité dans les rythmes sociaux, en marquant une différenciation sans ambiguïté, entre le temps scolaire et ce temps de vacances. Dans le contexte particulier que nous connaissons, une forme de travail pédagogique qui ferait lien peut être évidemment entretenue (mais c’est toujours ce que les enseignants ont fait !), en conservant sans scrupules le principe d’une respiration nécessaire, et en s’inspirant des pratiques ordinaires : nous avons fait notre part, et nous aurons encore à construire la suite, comme nous avons su réagir dans le respect de notre identité professionnelle de cadres concepteurs du Second degré.

Des stages au format "Ecole (fermée) ouverte" peuvent être organisés et les enseignants sollicités pour y participer : le volontariat reste la règle absolue !

Et si mon chef d’établissement me demande de venir dans l’établissement ?
C’est NON.
Le Président de la République a été très clair dans son allocution le 31/03/21 : le recours au travail à distance "doit être systématique : toute tâche pouvant être effectuée à distance doit l’être".
Pour les enseignants, les CPE, AED, AESH, se rendre dans l’établissement n’a en outre guère de sens, puisque le coeur du métier est d’être présents aux côtés des élèves ... qui n’y sont plus. Ce ne peut donc être que sur volontariat, et dans un nombre très limité et exceptionnel de cas, lorsqu’il n’est pas possible de travailler à distance.
L’accueil des enfants de soignants organisé dans les établissement en est un, mais il relève toujours du strict volontariat des personnels.