18 mars 2020

Action et actualité locales

Continuité pédagogique : que peut-on faire et ne pas faire ?

Continuité pédagogique : que peut-on faire et ne pas faire ?

On consultera aussi avec profit le site national du SNES-FSU sur ces questions

"Nous sommes prêts ...."
Le Ministre affirmait dès le 28 février qu’un « dispositif d’enseignement à distance était prêt »… Tellement prêt que les ENT des différentes régions ont flanché dès lundi matin. La confusion qui a réglé tout le week-end et depuis le début de la semaine montre à la fois la volonté de la profession de remplier ses missions - ce qui est reconnu dans l’opinion publique - et le développement sauvage de pratiques problématiques, parfois encouragée par la hiérarchie locale, voire de dérives préoccupantes, notamment en ce qui concerne la protection des données (des élèves et des collègues).

Un stress particulier s’est développé ces derniers jours, le SNES-FSU appelle chacune et chacun à prendre le temps de la réflexion posée : il nous faut avoir conscience que la situation actuelle peut durer, et il convient donc de ne pas improviser au jour le jour la relation très particulière que nous allons construire avec nos élèves. Enseigner en distanciel requiert des compétences spécifiques que nous ne possédons pas en règle générale, qui bouleversent nos postures et gestes professionnels.

Prenez donc le temps d’y réfléchir, et pensez à fixer des règles d’usages et de fonctionnement avec vos élèves : heures et moyens pour vous joindre, en songeant à vous protéger aussi, dans la durée. En un mot, soyons professionnels, dans les limites du possible ce cadre très particulier.

Avec les autres syndicats enseignants de la FSU, le SNES-FSU Toulouse a interpellé le Recteur, et demandé des instructions claires pour protéger juridiquement les collègues (respect du RGPD - Règlement Général pour la Protection des Données) et faire disparaître les injonctions pédagogiques intenables.

Continuité pédagogique : Interpellation du Recteur

Le SNES-FSU Toulouse tient à alerter sur les recommandations des corps d’inspections que vous trouverez ci-dessous.

Pour le SNES Toulouse, certaines consignes peuvent aller plutôt dans le bon sens, même si elles ne dédramatisent pas encore suffisamment la situation en pointant les difficultés concrètes à mettre en oeuvre la "continuité pédagogique" :

"- Un usage raisonné de l’outil informatique : il convient de privilégier les supports maitrisés par les élèves et les parents et de veiller au temps d’exposition aux écrans des élèves, en maintenant un équilibre dans les activités, en mobilisant supports papiers (livres, manuels) et numériques (plateformes de travail, ressources numériques...).
- Des objectifs clairement explicités et un aménagement du travail proposé à moyen terme :
- Structurer chaque séquence et chaque séance en fonction des objectifs visés.
- Privilégier une planification hebdomadaire afin de fournir à l’élève une visibilité (comme à ses parents) sur les tâches à accomplir à moyen terme. Ainsi, les élèves ont toute liberté pour s’organiser tout en s’inscrivant dans le cadre imposé par chaque établissement.
- Proposer une charge de travail raisonnable : le temps de travail effectif d’un élève par jour et par semaine doit être obligatoirement pensé en relation avec les autres disciplines et en fonction du niveau de l’élève.
- Maintenir le contact avec les élèves "

Recommandations pour la mise en oeuvre de la continuité pédagogique -Lycée
Recommandations pour la mise en oeuvre de la continuité pédagogique - Collège

Mais d’autres sont très clairement plus problématiques, les conseils devenant injonctions à adopter des pratiques qui sont en réalité bien difficiles à mettre en oeuvre dans le contexte actuel. Redisons-le : à l’impossible nul n’est tenu, et il faut rester lucide sur ce que nous avons la possibilité de mettre concrètement en oeuvre et ce que nous pouvons en pratique attendre et exiger des élèves dans un contexte exceptionnel.

Le -FSUToulouse agira pour dénoncer et combattre les pressions de quelque nature qu’elles soient auxquelles pourraient être soumis les personnels

La section académique du SNES, avec la FSU, a par ailleurs interpellé le rectorat sur les aspects de protection des données et sur les effets du travail à distance, totalement improvisé. Il continue ses interventions, notamment dans le cadre du CTA et du CHSCT-A.

Vous trouverez d’ailleurs ci-dessous une note rectorale de novembre 2019 qui rappelait les dangers de l’utilisation d’outils non labellisés par l’institution, note qui n’a pas été diffusée aux collègues pour le moment, mais qui éclaire bien les risques juridiques et les sanctions associées :

"De nombreux outils ou services numériques gratuits sont proposés sur Internet. Cette information technique a pour objectif de caractériser les risques de non- conformité au règlement général (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 sur la protection des données (RGPD) et à la loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978 modifiée qu’encourent les responsables de traitement des différents secteurs (Rectorat, DSDEN ou EPLE) en utilisant certains d’entre eux et d’évoquer, chaque fois que possible, l’existence de solutions alternatives plus respectueuses de la protection des données personnelles, ceci dans l’attente de la mise en œuvre de solutions internes nationales répondant aux différents besoins"

Utilisation des outils numériques - Note rectorale

Sur ces différentes problématiques, nous vous proposons ici quelques éléments de réflexion sous la forme d’une FAQ qui pourra s’enrichir au besoin.

La continuité pédagogique relève de la responsabilité du chef d’établissement ?

Plutôt Non. Si le chef d’établissement est chargé d’assurer les conditions de la mise en œuvre de la continuité pédagogique (et qu’il peut à ce titre, il peut organiser une certaine harmonisation matérielle et pratique des usages), la forme, le choix des outils et du contenu des activités proposées, qui sont de nature pédagogiques, relèvent de la responsabilité des enseignant·es. Connaissant le niveau de leurs élèves et leurs difficultés, ils sont les mieux à même de mesurer la faisabilité de ce qui peut être proposé et/ou demandé aux élèves.

La continuité pédagogique peut-elle se substituer aux cours en présentiel ?

Clairement, non. C’est mission impossible. Un cours en présentiel est construit autour d’interactions avec les élèves. Il ne s’agit pas d’une simple transmission mécanique de connaissances factuelles. Il ne faut pas se leurrer, ni leurrer les familles. L’idée de la continuité pédagogique vise essentiellement à maintenir les élèves dans une ambiance de travail, par une activité régulière. Il ne s’agit pas de s’engager dans des modalités d’apprentissage inaccessibles, ni de créer de nouvelles inégalités, d’autant qu’on ne connaît pas le calendrier de la reprise et des examens.

Notez que le corps d’inspection recommande dans certaines académies de tenir compte des conditions-même de la continuité pédagogique (risque d’un afflux de demandes concomitantes, plus grande fatigabilité, motivation plus difficile des élèves...) dans la construction des activités proposées. Le recours au manuel scolaire papier (ou numérique) est même clairement recommandé, « la première ressource la plus simple ». Une réhabilitation en quelque sorte ! Si notre académie tarde à diffuser des recommandations similaires, en tend à s’en rapprocher (voir le paragraphe sur les livrets pédagogiques ci-dessus).
En ce qui concerne les élèves, gardons en mémoire le risque d’afflux de consignes et de demandes qui seraient de nature à les décourager, surtout les plus fragiles. Il convient donc de bien doser, varier les activités et expliciter clairement nos demandes, comme nous le faisons (mais plus immédiatement et avec davantage d’interaction, donc de manière bien plus efficace) en classe.
A l’occasion du CHSCTA du 17 mars 2020 (en audio-conférence), le FSU a pointé le risque de surcharge de travail des élèves et des personnels, et demandé de profonds ajustements de la parole institutionnelle.

Pour aller plus loin, lire l’analyse du groupe métier sur le site du SNES-FSU :


L’ENT (Environnement numérique de travail) est en panne, je peux utiliser des solutions alternatives qui marchent ?
Plutôt NON ! Et seulement si ces solutions ne nécessitent pas une inscription de la part des élèves. En effet, tout service qui expose les élèves à une quelconque captation de données par une entreprise ou une association privée, a fortiori sans l’accord écrit des représentants légaux, est à proscrire. Depuis l’entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données (RGPD) la gestion des données personnelles est soumise à un cadre très strict (au SNES-FSU aussi !). Or nous ignorons ce que ces entreprises -qui poursuivent immanquablement un objectif commercial- font de ces données. C’est pourquoi nous recommandons de ne pas exposer les données de nos élèves. Les groupes WhatsApp, Kartable.com, Discord, etc., ne présentent pas les garanties de l’ENT de ce point de vue.
Certains établissements disposent, outre Pronote, d’un espace pédagogique (type Moodle) dont l’ergonomie n’est pas extraordinaire mais qui permet aussi de mettre des documents à disposition et d’en récupérer.
Sinon, certains services privés permettent éventuellement de mettre des documents à disposition des élèves (ex. GoogleDrive, OneDrive) sans recourir à une inscription. Mais pour la récupération (ou le dépôt) de travaux ce n’est généralement pas possible sans inscription (et donc la communication problématique d’une adresse de courriel). L’ENT de l’établissement demeure donc - en dépit de toutes ses limites - l’outil qu’il convient d’utiliser, avec le site "Ma Classe en ligne".
Pour aller plus loin, lire l’analyse du SNES-FSU : « Télétravail pour cause de coronavirus : le RGPD s’applique aussi »

Quand l’ENT ne marche pas il faut bien que je trouve une solution ?
Non ! A l’impossible nul n’est tenu !
Le fonctionnement de l’ENT relève de la responsabilité de l’employeur. Lorsqu’il vient à dysfonctionner, les enseignant·es n’en sont pour rien responsables. D’autant qu’elles et ils sont bien aimables de se connecter depuis leur ordinateur personnel acheté avec leurs deniers sur une connexion financée par ces mêmes propres deniers...

Alors comment communiquer avec les élèves en dehors de Pronote ? Puis-je utiliser Discord, Whatsapp, les mails ou les SMS ?
NON ! Sauf si...
En effet, c’est une question :
- de légalité : communiquer avec les élèves en dehors de l’ENT sans l’accord écrit des responsables légaux est tout simplement interdit, quel qu’en soit le moyen. Communiquer avec les responsables légaux est possible, uniquement dans la mesure où ils ont donné leur accord. Ce qui suppose que le chef d’établissement vous a communiqué une adresse (mais il peut être utile de s’assurer de leur accord pour être contacter ainsi, car entre renseigner un mail dans un formulaire administratif en début d’année et accepter son utilisation pour des échanges de cours, il y a une marge, variable selon les familles. A noter, qu’ouvrir un lien direct sur une boite mail personnelle peut éventuellement exposer à certains abus, il convient donc d’être prudent·e. Rien n’interdit de s’adresser aux familles en leur demandant leur accord pour poursuivre via ce biais. Mais attention au risque de multiplication des modalités de travail numérique entre les collègues qui peut perdre certains de nos élèves ! Le SNES-FSU conseille la plus grande réserve en la matière.
- de respect du RGPD (Règlement Général pour la Protection des Données) : les solutions Discord / Whatsapp dont les élèves peuvent être friands sont à proscrire puisque ces solutions nécessitent une inscription et ne nous permettent pas de garantir la protection des données personnelles de nos élèves. Pour y recourir il conviendrait de disposer d’une autorisation écrite des représentants légaux.

Dois-je continuer à compléter l’ENT si je suis en arrêt maladie ?
NON. Un arrêt de travail est un arrêt de travail. Si vous le souhaitez, vous pouvez mettre un message sur le cahier de texte des classes, en précisant « enseignant·e en arrêt maladie ».


Quelques conseils pour finir :

- Rappelons que dans les circonstances actuelles, la priorité est avant tout de réussir le confinement afin d’enrayer une crise sanitaire majeure. Dans ce contexte se focaliser sur les apprentissages, angoisser pour le programme, pour le travail à rendre (du point de vue élèves) ou à donner (du point de vue de l’enseignant·e et de l’administration) est dérisoire. Mettre une pression évaluative aux élèves est inutile et doit être évité. Prenons aussi le temps de regarder ce qui est matériellement faisable (et tenable !), avant de nos lancer dans des usines à gaz technico-pédagogiques, dont l’accès se révèlera très vite impratiquable pour nos élèves, voire nous-mêmes.

- Rassurons d’abord les familles et les élèves. Si la continuité pédagogique est évidemment importante, il faut la resituer dans le contexte. Certes nous avons besoin de moyens de communication pour cela, mais si l’ENT ne fonctionne pas ce n’est pas grave. L’établissement reste joignable et les élèves peuvent toujours mettre ce temps à profit pour lire de bons livres ou voir de bons films. Lors de son intervention, le Président Macron a d’ailleurs recommandé cette pratique à tous les Français !

- Le travail scolaire à faire peut permettre aux élèves de se changer les idées, de remplir leurs journées, de combler le manque de vie sociale, etc. Il contribue ainsi à l’apaisement d’une situation stressante de confinement généralisé, en recréant un cadre et un rituel pour nos élèves, mais les modalités de travail doivent tenir compte du contexte : élèves seul devant ce travail, fracture numérique, partage d’un seul ordinateur pour toute la famille, avec plusieurs enfants "scolarisés à distance" et des parents également en télé-travail, domiciles exigus, etc.

- Ne surestimons pas la disponibilité des esprits des élèves pour les apprentissages, y compris pour faire des révisions dans le contexte actuel. Et envisager que les moyens informatiques des familles peuvent être mobilisés pour le télétravail des parents, et lorsque les parents doivent sortir du confinement pour aller travailler, cela ne facilite pas pour autant le travail de nos élèves.
Donc lorsque l’ENT est indisponible, il est inutile de chercher en catastrophe d’autres moyens de communiquer particulièrement s’ils sont hors RGPD.

En cas de pression de votre hiérarchie de quelque nature, n’hésitez pas à nous contacter : s3tou@snes.edu.

Et prenez soin de vous et de vos proches !