Après le vol massif de données dont l’Éducation nationale, ses personnels et des usagers ont été victimes, la rentrée s’annonce compliquée dans l’académie, particulièrement impactée.
En effet, face à l’ampleur des problèmes de sécurité qui se sont révélés la semaine dernière, et consécutifs à la fuite de données révélée par la presse le 31 juillet (dont le ministère n’a concédé l’ampleur et la gravité suite à l’attaque subie qu’après qu’elle a été revendiquée le 17 août, par les mêmes pirates ayant visé le site des impôts...), les plates-formes académiques de notre académie, qui supportent nombre d’applications, ont été arrêtées le 19 août : impossible depuis lors d’accéder aux messageries électroniques, aux ENT, à l’espace des personnels académiques et à tous les services qu’il héberge (IProf, Sophia-FMO, etc.).
La situation académique au 24/08/26
Les services du rectorat ont pleinement repris leurs activités ce lundi 24 août, sans possibilité de préparer la rentrée dans les conditions normales et habituelles, notamment pour tout ce qui relève de la communication entre services et avec les personnels placés sous son autorité. De nombreuses et nombreux collègues, qui sont encore en attente d’une affectation, d’une réponse urgente, sont invités à contacter le rectorat ... par téléphone !
A ce jour, le rectorat déploie des mesures techniques pour assurer et sécuriser les opérations de paye de septembre, qui doivent impérativement être réalisées avant le 28 août. C’est sa principale priorité, avec la resécurisation des applications et la communication des affectations des collègues.
Aucun calendrier de rétablissement des applications et messageries professionnelle n’est connu à ce jour.
Toutefois, compte tenu du dimensionnement des services informatiques rectoraux, il faut s’attendre sans doute à des temps longs de rétablissement de la totalité des applications et outils professionnels.
MaJ du 26/08 à 20h00
Après un échange avec le recteur et le secrétaire général en fin d’après-midi ce jour, qui ont refusé que soient évoquées les conséquences de la situation de crise académique actuelle en termes d’impacts sur les conditions de travail avec des membres de la F3SCT académique, quelques éléments de compte-rendu de cet échange :
Paies : Le rectorat assure que :
– les paies de septembre seront versées pour l’ensemble des personnels déjà affectés ou employés dans l’académie en août ou précédemment (versement des éléments indiciaires fixes) ;
– pour les collègues recrutés dans les 15 premiers jours de septembre environ, ou cas très exceptionnels, rémunération sous forme d’avance de traitement fin septembre selon la procédure usuelle (formulaire à compléter dans les établissements, pour versement d’un montant de l’ordre de 70% du traitement de base dû pour la période de septembre considérée) ;
– les collègues entrant dans l’académie qui n’auraient pas encore fourni de dossier complet pour leur prise en charge financière peuvent déposer ces éléments sous forme papier dans les DSDEN ou au rectorat au plus vite (les collègues concernés - stagiaires notamment - ont en principe été déjà contactés par la DPE) ;
Le SNES-FSU restera vigilant sur la concrétisation de ces engagements.
Contacts avec le rectorat : différents services (dont la DPE) ont installé un agent à l’accueil, à qui il est a priori possible de laisser un message.
Plus spécifiquement pour les affectations, les services de la DPE sont censés rester joignables par téléphone, dans les conditions habituelles, notamment pour les questions d’affectation. Face aux difficultés déjà remontées, le SNES-FSU a demandé que l’accueil téléphonique soient vraiment efficace.
Remise en fonctionnement des outils numériques courants : les opérations sécurisation vont se poursuivre pour un temps indéterminé, et aucun calendrier de remise en service des outils numériques ne peut être communiqué à ce stade. La situation pourrait donc durer...
Emplois du temps, accueil des élèves : la plupart des établissements auraient pu travailler pour produire des emplois du temps avant l’interruption des services, et donc produire EDT, liste de classes, etc. La situation peut toutefois varier d’un établissement à l’autre. La problématique est surtout celle de la communication des informations administratives auprès des personnels en l’absence de messagerie professionnelle.
Données personnelles : concernant le piratage de données cet été et la crise actuelle, aucune indication ne peut être donnée à ce stade sur la nature des faits qui se sont produits, en raison des enquêtes en cours (la CNIL prévoit cependant une obligation d’information individuelle précise des victimes sur les données concernées)... Affaire à suivre donc.
Dans l’immédiat, le SNES-FSU a renouvelé auprès du recteur sa demande de ne pas permettre la mise en place d’outils d’échanges internes improvisés dans les établissements permettant la diffusion de données personnelles, relatives aux collègues ou aux élèves (mails, numéros de téléphone, etc.), dans l’immédiat comme dans les prochains jours. Le rectorat a reconnu que c’est le papier qui devait être privilégié pour l’essentiel dans le cadre des opérations de rentrée.
Le SNES-FSU appelle les collègues à se signaler auprès de lui dans les cas les plus urgents, il les relaiera auprès du rectorat.
Le SNES-FSU Toulouse vous propose une FAQ (Foire Aux Questions) pour vous informer face aux difficultés rencontrées dans le cadre de ce « shutdown » informatiqueet vous conseiller quant à certaines démarches administratives en cette période de rentrée
Non aux bricolages !
Dans le même temps, les établissements et services commencent à improviser des « solutions » pour joindre les agents, y compris sans aucun respect des données personnelles : non seulement l’Éducation nationale a été incapable de sécuriser ces données - ce qui a conduit à ce piratage de plusieurs jours, tardivement et partiellement détecté, laissant fuiter des informations personnelles sur des millions de personnels, d’élèves et de familles, sur plus de 20 ans -, mais elle organise désormais elle-même les fuites, par exemple en faisant constituer des boucles Whatsapp en utilisant les numéros de portable personnels, rendus accessibles à tous les membres de la boucle et sans accord préalable, ou encore en diffusant des messages sur des adresses électroniques personnelles, récupérées on ne sait comment, parfois en rendant visibles les mails de tous les collègues de l’établissement... Bref, c’est le retour de l’improvisation et de la débrouille, qui nous ramène 6 ans en arrière, aux temps du Covid... et le signe aussi d’un doute profond sur la capacité des collègues à se rappeler que les pré-rentrées sont en général convoquées vers 9h du matin à la date prévue des mois à l’avance sur les calendriers scolaires !
Le SNES-FSU dénonce ces pratiques, et appelle les collègues à ne pas accepter de telles collectes sauvages de données, particulièrement lorsqu’elles sont massivement diffusées, ou transmises à des plates-formes qui ne respectent pas le RGPD. Il appelle à saisir le délégué académique à la protection des données pour dénoncer ces pratiques, voire saisir la CNIL dès que possible.
Il appelle les collègues, à l’occasion des réunions de pré-rentrée, à demander des aménagements permettant d’assurer la rentrée dans des conditions acceptables, même si elle sera forcément dégradée et différente des autres années, sans soumettre les personnels à des pressions inutiles ou des injonctions dont, professionnels de l’Éducation, ils et elles n’ont pas besoin : nul besoin de rappels culpabilisants ou de procédures d’exception !
Dans les relations avec les élèves, et tant que les ENT ne sont pas rétablis, le SNES-FSU rappelle que la constitution de boucles ou d’échanges électroniques sous toute forme avec des élèves, et notamment mineures hors des ENT est prohibé, et peut engager lourdement leur responsabilité individuelle. Il déconseille vivement de mettre en place ce type d’outils pour pallier les difficultés des ENT.
Le ministère traite la questions des données personnelles avec trop de légèreté
Après des faits similaires dans les années passées, quoique souvent d’ampleur moindre, et des effets similaires dans d’autres académies, le ministère s’avère incapable de proposer des solutions de sécurisation : il ne propose plus depuis des années la mise à disposition d’antivirus sur les ordinateurs que les personnels financent pour partie, et utilisent professionnellement, sans aucune maintenance ou sécurisation particulière. Il est resté sourd à nos alertes répétées, préférant miser sur le déploiement sauvage d’IA de toutes natures, elles aussi particulièrement néfastes pour la protection des données personnelles, des droits d’auteurs, etc.
Il est donc temps que le ministère regarde en face les enjeux du numérique, et agisse en employeur responsable vis à vis de ses personnels, et regagne la confiance des familles.
