L’audience auprès du Recteur du 5 mars, et le dernier CTPA ont confirmé les conditions hallucinantes dans lesquelles on pouvait craindre que les lauréats de concours 2010 n’effectuent leur année de stage, et les conséquences possibles des bricolages comptables pour arriver à dégager le temps nécessaire aux tuteurs de ces collègues pour assurer leur tâche de soutien et de formation.

Enseigner plus, former moins

Pour les néo-recrutés, se dessinent donc successivement :

- un appel à rejoindre les rangs - sur la base du volontariat – avant le 30 août ;

- un accueil par les autorités académiques (Recteur, IPR, Chefs d’établissement) à tour de rôle, pour leur prodiguer les recommendations d’usage ;

- un accompagnement lourd (7 semaines) en établissement, assuré par un tuteur, de la rentrée à Toussaint, censé constituer le cœur de la formation professionnelle ;

- enfin, l’équivalent de 4 semaines de formations ponctuelles, sous forme de regroupements aux modalités encore floues, qui permettront l’intervention de tous les autres acteurs traditionnels de la formation : IPR, ce qui restera de l’IUFM (dont des anciens formateurs associés rémunérés en HS), des stages du PAF, etc …

Le tout n’étant pas nécessairement assuré sur le temps de service, que le Recteur nous a bien confirmé être de 18h devant élèves : la piste de la banalisation d’une journée ou d’une demi-journée dans son emploi du temps pourrait même permettre au stagiaire de partir en formation, contre rémunération supplémentaire. Autrement dit, le fameux travailler plus … dès l’entrée dans le métier.

Nos inquiétudes pour nos futurs collègues sont grandes : il ne s’agit plus de leur assurer une formation professionnelle digne de ce nom, mais au mieux d’un kit de survie, au pire d’une forme de stage commando, sans doute destiné à faire émerger les lauréats les plus solides …
Quant aux tuteurs, sans formation, sans cadre, accepteront-ils de ne prendre leurs classes qu’à Toussaint ? Ou que ce soit la mésaventure réservée au stagiaire dont ils ont la responsabilité ?

Tous concernés

Cette question concerne toute la profession : nier à ce point la formation professionnelle, c’est nier nos métiers, et à long terme, installer leur discrédit. Qui voudra encore entrer dans nos nos métiers dans ces conditions ? Drôle de conception de leur revalorisation …
Et quelle qualité du service public pour les élèves devant lesquels on fait défiler des enseignants à la queue-leu-leu !
La nécessité d’assurer le remplacement des tuteurs et/ou des stagiaires en septembre-octobre (rien ne serait encore fixé), afin que les premiers puissent tenter d’assurer que la rentrée des seconds se fasse sans trop de casse, a aussi des répercussions sur toute la profession.

Fil de fer et cale en bois

Ainsi, la priorité du Recteur est de trouver des remplaçants pour prendre en charge les classes du tuteur et/ou du stagiaire pendant les 7 semaines de décharge de cours de l’un ou l’autre. Pour arriver à dégager ces moyens, et tous les coups sont permis : les pistes évoquées lors de l’audience avec le Recteur ou du CTPA ont dépassé de loin ce que l’on peut imaginer, et montrent que notre académie, bien que n’ayant relativement peu de stagiaires à accueillir, ne sera pas en reste dans cette course au remplaçant.
Des TZR non affectés à la rentrée ; des contractuels ; des collègues ayant obtenu un congé formation à partir du 01/10, et habituellement déchargés de classes en septembre ; des collègues partant à la retraite quelques semaines après la rentrée, à qui l’on faisait grâce des quelques heures dues après 42 ans de bons et loyaux services, et qui termineront désormais leur carrière en étant TZR, de gré ou de force : tous pourraient constituer ces précieux moyens de remplacement, indispensables pour mettre en application la réforme de la formation des Maîtres, qui n’a visiblement pas été pensée en d’autres termes que la recherche d’économies à marche forcée.