22 avril 2020

Carrières - Mutations - Catégories

Fin d’année, examens, titularisation des stagiaires : des adaptations nécessaires !

Titularisations : les bonnes et les mauvaises solutions

Plusieurs INSPE, et des organisations syndicales, avancent ou communiquent dès à présent sur l’hypothèse selon laquelle aucune titularisation des stagiaires, et ce quelles que soient leurs situations, ne pourra avoir lieu en juin 2020. Dans ce cas, les stagiaires ne pourraient être titularisé·es qu’à l’issue des jurys de décembre 2020.

Le SNES-FSu agit pour qu’il en soit autrement. La DGRH a annoncé le 22/04/20 que l’hypothèse d’une prolongation généralisée était écartée. Les stagiaires seront bien titularisables en juin-juillet 2020 comme nous le demandons.

De bonnes raisons de renoncer à l’hypothèse farfelue d’une titularisation des stagiaires en décembre

Aucune décision n’a pourtant été prise à ce jour par le Ministère, cette possibilité n’étant qu’une hypothèse parmi d’autres ! Il est revanche clair pour le SNES-FSU que cette option est absolument irrecevable, et ce pour de multiples raisons :

- La procédure de titularisation comporte plusieurs avis, et un seul pourrait, à la rigueur, ne reposer que sur une visite ou inspection qui se déroule traditionnellement en mai, période évidemment problématique dans le contexte. L’avis du Chef d’établissement (comme celui de l’INSPE pour les Certifiés et CPE stagiaires) se base sur des grilles d’évaluation ou des items qui sont tout à fait évaluables sur les 7 premiers mois de l’année scolaire, soit plus des deux-tiers de celle-ci.
Le SNES-FSU appelle ces évaluateurs, Chefs d’établissement et éventuellement formateurs, à la bienveillance et au discernement, dont les stagiaires sont eux-mêmes appelés à faire preuve, dans le contexte, vis-à-vis de leurs propres élèves. Ce qui est possible pour un collègue encore peu expérimenté doit l’être pour ces professionnels aguerris !

- L’avis qui pose le plus de problème est celui des corps d’inspection, qui, s’il est obligatoire, ne repose réglementairement pas nécessairement sur une inspection : il est tout à fait prévu dans les textes que, hormis les cas de stagiaires en difficultés repérées, ou en renouvellement de stage (cas où l’inspection est obligatoire), cet avis des corps d’inspection puisse être émis, par exemple, sur la base des rapports du tuteur. En année normale, tous les stagiaires ne sont ainsi pas inspecté, la situation étant variable suivant les disciplines et les académies. Ce qui est possible une année ordinaire l’est a fortiori cette année, évidemment exceptionnelle. Le SNES-FSU intervient nationalement pour que cette modalité soit privilégiée.

- Enfin, quel serait le sens d’une inspection en pleine reprise du fonctionnement des établissements : plus de groupe classe, des élèves en situation psychologique délicate, l’impossibilité de terminer les programmes (ce n’est d’ailleurs plus un objectif de l’institution), les écarts qui se sont accrus entre les élèves dans les apprentissages du fait du confinement, la perte des repères collectifs, la nécessité du respect des mesures sanitaires et des gestes barrière ? Que croit-on possible d’observer, et avec quelles attentes, quel recul, pour l’évaluateur ? Une telle inspection ferait en outre courir le risque de demander des comptes aux stagiaires sur leur « engagement » durant la période de confinement, quand ils n’ont pas été, plus que les autres, épargnés par les difficultés matérielles et pédagogiques de tous ordre. On ne peut pas faire plus subjectif et injuste.

Sur ces premiers arguments, l’ensemble fait qu’il est, selon les statistiques constantes des années passées, possible de titulariser sans problème particulier environ 90% des stagiaires, pour lesquels aucune difficulté n’a été repérée et qu’il serait nécessaire de mieux mesurer et identifier par une inspection.

De bonnes raisons de procéder autrement

- La date de confinement fait que, à quelques semaines près (de l’ordre de 4 sur 36 ...) les stagiaires ont terminé leur formation professionnelle : s’il faut sans doute renforcer les formations en début d’année prochaine, et prévoir quelques rattrapages notamment en prévoyant des décharges de services pour une année, ce n’est pas impossible du tout.

- La question de l’affectation sur des postes nouveaux (le ministère ne prévoyant pas de surseoir aux mouvements d’affectation INTRA, et maintenant éventuellement, et en toute hypothèse simplement les stagiaires en prolongement de stage sur ce nouveau poste), quel sens aurait une inspection conduite en présence d’un public nouveau, d’un niveau différent, voire d’un type d’établissement différent (puisque les personnels du Second degré peuvent être indifféremment affectés en collèges, lycée, voire LP pour les CPE) ? En quoi permettrait-elle d’évaluer le point d’arrivée d’une pratique professionnelle conduite sur une année ? Le SNES-FSU dénonce d’ailleurs depuis des années ce type d’inspection, autrefois parfois pratiquée de manière incompréhensible en début d’année pour des personnels expérimentés, avec, très souvent, des évaluations en décalage avec les précédentes inspections. Ce n’est pas un hasard si, dans les nouvelles dispositions d’évaluation professionnelle actées par la mise en place des Rendez-vous de carrière, les inspections ne peuvent désormais plus être pratiquées que de novembre à mars ! En outre, les corps d’inspection sont déjà surchargés par ces rendez-vous, et nous ne souhaitons pas que, soumis en plus à l’évaluation éventuelle des stagiaires de cette année, tous les collègues inspectés en novembre-décembre 2020 le soient par des inspecteurs soumis à la pression du nombre de visites à conduire. Ce serait là aussi contre-productif.

- De plus, dans ce scénario les stagiaires seraient certainement tous maintenus à l’échelon 1 de la grille indiciaire, dont le SNES-FSU dénonce depuis des années la faiblesse, au lieu de passer à l’échelon 2. Il est inadmissible de prolonger l’ensemble des stagiaires en faisant porter sur leurs revenus déjà fragiles — 1,16 fois le SMIC aujourd’hui contre 2,1 fois en 1980 — les méfaits de la crise sanitaire que le pays traverse.

- Les stagiaires subiraient par ailleurs un stress renouvelé entre septembre et décembre au sujet d’une titularisation qui, pour 90% d’entre eux, pourrait être acquise dès cette année étant donné les évaluations positives. Alors que la rentrée de septembre pourrait elle-même être compliquée et particulière, notamment en cas de reprise de l’épidémie, les stagiaires actuels seraient les victimes, là-encore, d’une double peine, d’ailleurs sans guère plus de garanties de ne pas être confrontés à nouveau à des adaptions lourdes et contraignantes du fait de la situation sanitaire.

- Cette proposition amène aussi son lot d’inquiétudes concernant les affectations : en effet selon les règles actuelles, les stagiaires qui ne sont pas évalués positivement en juin voient leurs mutations inter et intra annulées. Si cela devait être la cas cette année, les projets de vie de beaucoup en seraient complètement chamboulés puisque chacun devrait rester dans son académie pour y finir son stage !

- Se pose enfin la question du service des stagiaires prolongés à partir de septembre : dans le cas d’un service à mi-temps, le besoin de contractuels supplémentaires serait au niveau national de plusieurs milliers. C’est une solution peu compatible avec les difficultés de recrutement que nous connaissons et les besoins en professeurs ... Le cas d’un service à temps plein serait complètement inacceptable, car cela reviendrait à dire que les stagiaires n’avaient pas suffisamment d’expérience pour être évalués mais suffisamment pour ne plus avoir de temps de formation !

Les demandes du SNES-FSU

Dans ce contexte, le SNES-FSU défend une toute autre option :
- Nous demandons la titularisation de tous les stagiaires dont les évaluations, les rapports et les inspections déjà faits ou faits après une éventuelle reprise en classe, sont satisfaisants.
- Pour celles et ceux ayant rencontré des difficultés, nous proposons la tenue d’un jury en juin pouvant permettre aussi bien la titularisation que la prolongation selon les éléments du dossier de chacun et le déroulement de l’entretien. Cela permettra une titularisation dès septembre, comme à l’accoutumée, d’environ 90% des stagiaires. Pour celles et ceux dont les rapports comme le jury de juin auront pointé des difficultés, nous proposons la mise en prolongation à mi-temps jusqu’en décembre 2020 afin de permettre un temps plus long de formation. Ils et elles pourraient alors être titularisé·es en décembre.
-Enfin, pour les stagiaires en renouvellement cette année, l’inspection est normalement une obligation pour la titularisation. Nous demandons que l’obligation d’inspection soit suspendue et que l’avis du tuteur puisse, comme pour les autres stagiaires, servir de base à la titularisation. Si celle-ci devait être malgré tout maintenue, ils doivent être prioritaires à la reprise, en tenant compte d’un temps de réappropriation de la classe.

De manière générale, pour tout stagiaire où un doute subsisterait à l’issue du jury de juin, nous demandons vu les circonstances exceptionnelles, une prolongation et un passage devant le jury d’ici le mois de décembre 2020."


Fin d’année à l’INSPE : souplesse, allègements, bienveillance et sagesse exigées !

Le SNES-FSU est intervenu auprès de la direction de l’INSPE de Toulouse le 21/04/20, dans le cadre d’une demande audience fédérale émanant de tous les syndicats enseignants de la FSU. Voici les principaux points abordés, et les positions que le SNES-FSU y a défendues, après une interpellation du Recteur sur les mêmes sujets quelques jours auparavant.

L’avis de l’INSPE sur la titularisation : une bataille locale, que mène le SNES-FSU

La question de l’avis de l’INSPE a été principalement abordée sous l’angle des secondes visites des tuteurs INSPE. Il ne s’agirait d’ores et déjà pas de procéder à toutes les visites prévues, mais de les limiter et de les réserver aux stagiaires « qui pourraient avoir besoin d’un coup de pouce pour la titularisation ». Nous n’avons pas réussi à savoir sur quelles bases objectives l’INSPE comptait cibler les stagiaires méritants, plus que les autres, un coup de pouce... et pour cause. En outre, rajouter une visite d’un formateur dans un un calendrier qui ne déjà permet pas une inspection au risque de voir débarquer 2 évaluateurs dans le même créneau, n’est pas raisonnable. Et, là encore, comme pour l’inspection (voir ci-dessus), pour évaluer quoi au juste ?
Enfin, l’avis du tuteur INSPE, (qui a par ailleurs) n’est qu’une des nombreux éléments de l’avis de l’INSPE, qui n’est pas requis pour les agrégés par exemple, et qui n’est qu’un des avis sur la foi desquels une proposition de titularisation est faite ou pas... Sans parler de l’introduction d’une inévitable rupture d’égalité entre les étudiants, tout à fait inadmissible dans une procédure d’évaluation universitaire comme professionnelle. Tout ça pour ça, pourrait-on dire !

Dernier point abordé : il a été confirmé, au moins du côté de l’INSPE, qu’aucune des journées ne donnerait, après le 16/03, donnerait lieu à décompte d’absence. C’était évidemment notre demande compte tenu du confinement, mais ces choses méritaient d’être précisées.

Pour le SNES-FSU, c’est clair : l’INSPE doit renoncer à toutes les secondes visites de tuteurs INSPE. La bienveillance des équipes de formateurs doit être, dans tous les parcours, de rigueur. Plus que jamais, il est hors de question de pénaliser des étudiants et/ou des stagiaires dans cette période. Le SNES-FSu continuera d’être vigilant sur ce point.

Fin d’année et examens à l’INSPE

Sur la fin d’année, le SNES-FSU a réitéré sa demande d’allègement des programmes de formation et de rendu de travaux personnels : les stagiaires sont en effet confrontés à une double, voire triple « continuité pédagogique » : en tant qu’étudiants de l’INSPE (qui ne pourront pas revenir dans les centres, les locaux universitaires étant maintenus fermés jusqu’à la fin de l’année scolaire), en tant que professeurs ou CPE en responsabilité d’élèves, et parfois en tant que parents d’enfants scolarisés. L’INSPE a reconnu des ajustements parfois tardifs et des tâtonnements brouillons, ayant parfois conduit à une surcharge de travail et/ou de sollicitations diverses. N’hésitez pas à nous signaler les difficultés qui persisteraient, en nous écrivant.

Concernant les examens, il n’y aura pas d’examen « sur tables » les locaux universitaires ne pouvant accueillir personne. Peu étaient de toute façon prévus ... grâce aux batailles que mène le SNES-FSU sur le sujet depuis de nombreuses années. Nous avons là aussi insisté sur la nécessité d’allègements et de bienveillance dans l’évaluation des travaux demandés, compte tenu des conditions difficiles dans lesquelles sont placés les stagiaires, en - au moins - double continuité pédagogique.
La possibilité de tenir des examens sous forme dématérialisée étant techniquement possible au sein d’UTJ, Université de tutelle de l’INSPE, et dans l’attente du cadrage à ce niveau de l’ensemble des examens de cette université, nous avons exigé qu’il soit renoncé à cette modalité. Des consignes seront données en ce sens à tous les parcours, n’hésitez pas, là non plus, à nous signaler les difficultés qui se présenteraient et notamment l’organisation d’examens sous cette forme, en nous écrivant.

La question du mémoire / de l’écrit réflexif
Le mémoire et/ou de l’écrit réflexif suivant les parcours, est traditionnellement un point de crispation dans la période. Raison de plus pour le SNES-FSU d’y consacrer une bonne partie de l’audience.
Le confinement a privé certains stagiaires de la possibilité de procéder à des relevés d’expérimentation et ou de à la collecte des données qui devaient servir de support à leurs écrits. Il est donc simplement demandé aux stagiaires d’exploiter au mieux les données en leur possession. Pour le SNES-FSU, cela doit pouvoir conduire à une baisse de l’exigence sur le nombre de pages de ces écrits : il n’est pas question de remplir pour remplir, la période étant déjà assez chargée comme cela pour tout le monde. La direction de l’INSPE, si elle a rappelé son attachement à cet écrit, a en revanche concédé qu’il était possible d’axer davantage le travail sur la méthodologie et les aspects d’initiation à la recherche, les conclusion du mémoire pouvant être évidemment de pertinence et d’ambition plus réduites sans données ... Des consignes seront données aux évaluateurs de privilégier, pour l’évaluation du mémoire, la partie liée à l’entrée dans la problématique choisie.

Le SNES-FSU a demandé très clairement qu’il n’y ait aucune soutenance de cet écrit, notamment sous forme dématérialisée, afin d’alléger la période, et de ne pas su heurter à des difficultés matérielles susceptibles de créer des ruptures d’égalité entre étudiants évalués.

La direction de l’INSPE a émis le souhait d’aller dans ce sens, mais ne garanti pas l’homogénéité des pratiques suivant les parcours et les disciplines ... Elle tient visiblement à pouvoir, ponctuellement, procéder à des entretiens avec les rédacteurs, qui n’auront ni la forme ni le statut de la soutenance, notamment pour lever les doutes en cas de risque perçu de plagiat, ou pour éclaircir des points peu clairs ou ambigus, dans les écrits. Elle nous a indiqué que, dans l’esprit des équipes de formation, il s’agissait également d’une sorte d’oral de rattrapage, permettant de valoriser et de donner une seconde chance aux étudiants dont l’écrit serait un peu juste. Les formes de ces entretiens pourraient être téléphoniques ou par échange visio via des classes numériques.

Le SNES-FSU a insisté pour que le nombre global de ces oraux soit fortement limité, et que l’oral éventuel reçoive bien l’appellation officielle « d’oral de rattrapage » dans la communication adressées aux étudiants pour préciser son statut.
Nous avons également insisté pour que la plus grande bienveillance soit de mise dans l’évaluation de ces écrits, dans tous les parcours sans exception.

Dans ce dossier complexe et mouvant, le SNES-FSU ne ménage pas ses efforts pour vous défendre, comme en témoigne par exemple le courrier initialement adressé à la direction de l’INSPE, préalablement à l’audience du 21/04/20 : n’hésitez pas à nous informer des difficultés et problèmes que vous rencontrez, car, si forts de notre expertise, nous anticipons beaucoup de sujets, certains peuvent toutefois avoir échappé à nos analyses.

Courrier à la Directrice de l’INSPE - 01/04/20