20 novembre 2018

Métiers - Politique académique

Programmes : un enjeu lourd au coeur de la réforme du lycée

Programmes : un enjeu lourd au coeur de la réforme du lycée

La réforme du lycée, structurelle, ne pouvait que s’accompagner d’une réforme des programmes car les contenus enseignés sont aussi au coeur de la vision du système éducatif : définir ce qui doit être la culture commune, déterminer des spécificités, préparer à la poursuite d’étude, etc, autant d’enjeux à prendre en considération dans la construction d’un programme.

C’est pour cela que le SNES-FSU s’implique fortement sur le sujet et vous trouverez sur le site national le compte rendu des principaux débats et amendements portés lors de ces audiences sur chaque projet de programme.

Il invite les collègues à renseigner l’enquête SNES-FSU en ligne qui complétera ses premières analyses en vue du Conseil supérieur de l’Education de décembre.

Ce qui ressort des premières analyses et réactions de la profession, c’est que les programmes sont souvent chargés et parfois inadaptés.

Quelques exemples :

En français :

La conclusion de la rencontre et les points de consensus qui se dégagent sont les suivants :
− Les programmes sont trop chargés.
− Il y a un rejet des œuvres obligatoires en 1re par la majorité des organisations syndicales.
− L’articulation entre grammaire et programme de littérature est à revoir.
− Il y a des débats et des interrogations nombreuses autour du carnet.
− L’articulation avec le collège est à revoir.
− En séries technologiques il est crucial de réduire l’ampleur du programme.

Par ailleurs : [les nouveaux programmes] conduiront à un net alourdissement de la charge de travail des enseignant·es de lettres : travail de correction (si pour M. Raucy le « carnet de lectures » n’a pas à être évalué et n’est pas obligatoire, le programme dit le contraire), plus d’œuvres complètes à préparer, notamment des œuvres imposées en première, de nouveaux exercices à enseigner avec de nouvelles méthodologies (contraction et essai en première technologique), sans oublier que les classes seront toutes entre 35 et 37 du fait de la suppression des séries dans la voie générale...

En langues vivantes :

Dans les programmes des séries générales et technologiques, le nombre en augmentation des axes et séquences, parallèlement à l’augmentation des niveaux attendus, alors que les conditions (horaires, effectifs), eux, n’évoluent pas.

En SVT :
Globalement, le programme, commun, de 2nde est à nouveau considéré comme très lourd (notamment avec l’ajout d’une partie nouvelle sur les microorganismes), certaines formulations de titres de parties/chapitres sont relativement étranges voire erronées vis à vis de leur contenu. Le SNES-FSU se satisfait de la « remontée » de l’étude de la procréation et sexualité en 2nde, ce qui permet de toucher une plus grande quantité d’élèves. Cependant, il faudra aussi anticiper que les élèves de 2nde actuelle ne traiteront pas ce chapitre au cours de leur scolarité. L’étude de l’IVG manque dans ce programme.

Des collègues sont d’ores et déjà en train de réagir :

Exemple de courrier écrit aux IPR de Mathématiques soulevant un certain nombre de problèmes dans les programmes de mathématiques

Nous tenons à vous faire partager nos inquiétudes quant à la réforme en cours du lycée et, en particulier, au programme de 1re.

En effet, ce programme est celui de l’actuelle 1re S enrichi de quelques notions.
Il s’agit donc d’un programme difficile autant au niveau du contenu que du rythme de travail qu’il va nécessiter.

Nous pensons que deux tiers de nos élèves environ ne sont pas capables de suivre ce nouveau programme .
D’ailleurs, les années précédentes, le programme de 1re S n’était pas proposé à tout le monde.

Or, dès cette année, le choix que vont devoir faire les élèves de 2de est crucial.
Crucial pour leur parcours de lycéen, crucial pour le baccalauréat mais aussi crucial pour les vœux qu’ils formuleront dans deux ans dans ParcourSup.

Quel est ce choix ?
Soit arrêter les mathématiques car ce qui leur est proposé est inabordable au risque de ne pas pouvoir candidater à certaines filières Post-Bac.
Soit les poursuivre quitte à ne pas être capable de comprendre et d’apprécier ce que nous allons devoir leur enseigner.
Somme toute, un choix de dupe.

Nous ne nous voyons pas conseiller à nos élèves « d’arrêter les maths », ni de poursuivre une matière trop difficile pour eux.

On peut également noter un paradoxe : tous les élèves de série technologique continueront les mathématiques jusqu’en terminale alors qu’une part importante des élèves de série générale n’en auront plus.

Les mathématiques subissent un traitement particulier dans cette réforme (absentes du tronc commun dès la 1re générale) et deviennent plus sélectives que jamais. Où est passée l’ambition d’une éducation mathématique pour tous, ambition toujours plus nécessaire au sein d’un monde toujours plus complexe et garante d’une équité ?

La réponse de l’Inspection générale sur les programmes de physique est assez symptomatique de ce qui se joue : elle se dit consciente que les programmes sont ambitieux, et ajoute que les élèves seront mieux éclairés de ce qu’il leur arrivera plus tard.

Autrement-dit, on voit bien que la réécriture des programme participe clairement de la mise en place d’un système de sélection généralisée dont le but est d’évincer toute une partie des élèves.

L’enquête ministérielle peut être l’occasion de rappeler les raisons de notre opposition à la réforme du Lycée.

Le SNES invite à s’emparer de tous les moyens d’expression (motion en CA, lettre aux parents, courrier aux IPR) pour mettre en avant les éléments problématiques de ces programmes dont la "philosophie" est sous-tendu par celle plus globale de la réforme du lycée.